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Agronomie
Ses protéagineux aident à fertiliser sa culture de céréales

A Chalonnes-sous-le-Lude, Dominique Moutault cultive des protéagineux et a pu constater leurs bienfaits agronomiques. Mais leur développement au sein de l’exploitation reste limité.

Dominique Moutault, dans une parcelle de blé. Avoir cultivé une féverole en interculture permet à l’agriculteur de réaliser des économies d’azote.
© AA

Ce vendredi 25 février, Dominique Moutault arpente une parcelle de blé de son exploitation. Cette céréale, il s’est donné le défi de « la mener avec le moins d’azote possible ». Elle a été semée au 25 octobre après une féverole de printemps, produite pour la coopérative Terrena. Cette féverole avait été semée au mois de juillet et détruite en octobre, et on en voit encore les tiges. L’agriculteur compte bien faire profiter au maximum à la parcelle de l’azote accumulé par la culture de protéagineux. « Je vais faire une analyse de reliquat et je vais voir jusqu’où je peux aller ! Pour l’instant, le blé est aussi beau qu’ailleurs ».
Dominique Moutault estime les économies potentielles : « sur ce blé, on a des prévisions de 210 unités d’azote, pour un rendement estimé à 80-85 quintaux. J’ai déjà supprimé le premier apport de 30 unités. Si mon analyse de terre me montre qu’il y a un reliquat azoté de 50 ou 60 unités, je pourrais potentiellement être sur une base d’apport de seulement 120 unités ». Avec un hiver peu humide, et moins de phénomène de lessivage, le reliquat devrait être assez important cette année.


Pas d’impasse sur le phosphore
L’agriculteur souligne en revanche que la fertilisation phosphatée des protéagineux n’est pas à négliger : « j’ai pu observer que le bon développement racinaire permis par le phosphate est gage d’une grande quantité  de nodosités, impliquant une fourniture azotée abondante ». Dans un contexte de prix des engrais azotés qui ne cessent de grimper, l’introduction de protéagineux dans la rotation comporte donc l’intérêt concret d’un apport en azote pour les cultures suivantes.


Le sarrasin en double culture
« Les protéagineux ont aussi l’avantage de libérer le sol tôt », souligne Dominique Moutault. L’été, il cultive ainsi du sarrasin, en contrat avec la CAPL qui développe cette plante très demandée pour les filières sans gluten. En 2021, il en a implanté 13 ha en juillet après la récolte de protéagineux d’hiver, et, là encore, aucun apport d’azote n’a été nécessaire : « j’aime cette culture, et cela me plaît de la mener sans traitement », explique l’agriculteur.
En plus d’apporter de l’azote, les protéagineux laissent « des sols bien structurés », apprécie l’agriculteur. Les récoltes ayant lieu en été, « les  sols sont moins pénalisés par les engins, et du coup, moins compactés, ce qui nécessite moins de travail cultural et moins de coûts d’installation pour les prochaines cultures », poursuit-il.


Coups de chaleur fatals aux pois de printemps
Mais, revers de la médaille, ces cultures ne sont pas toutes simples à mener et leur manque de rentabilité limite leur développement au sein de l’exploitation, tout comme la nécessité de rotations longues (5 ans pour le pois). Motivé par le fait de « moins traiter ses cultures », l’agriculteur du Baugeois a essayé plusieurs protéagineux, avec plus ou moins de succès. Ces dernières années, il diminue sa sole. Mais il a fait jusqu’à une quinzaine d’hectares de pois potager de printemps pendant plusieurs années, pour Coopagri Bretagne, via la CAPL. Des petits pois destinés à la conserve. « Mais le problème, c’est que cette production est très fragilisée par les coups de chaleur du mois de juin et l’on peut perdre la récolte ». En 2021, 3 jours de forte chaleur, suivis d’une grêle le 17 juin, ont été fatals aux pois. « Leur système racinaire est peu développé et superficiel. J’irrigue, mais mes sols ont une faible réserve en eau utile ». D’ailleurs, Coopagri est parti du Baugeois pour aller chercher des producteurs dans des régions plus septentrionales : Orne, Nord de la Sarthe...
Pensant contourner cette fragilité par rapport aux à-coups climatiques, l’agriculteur s’est tourné vers le pois d’hiver. Mais sur 5 années de culture, il a malheureusement subi 3 années de bactériose, favorisée par les conditions climatiques, en 2016, 2020 et 2021. Il cultive aujourd’hui 3 ha de pois potagers de printemps pour la semence.
Quant à la féverole de printemps, l’agriculteur en fait depuis 3 ans, pour la filière alimentation animale de Terrena. Une culture « pas trop difficile à mener, avec une implantation précoce, dès janvier, et peu d’interventions phytosanitaires, des adventices assez bien maîtrisées, des matières actives en alternance avec le blé... » Mais une culture qui n’est pas non plus à l’abri des accidents climatiques. Deux années de grêle ont fait chuter les rendements et ont occasionné « de grosses déceptions » : 5 qx/ha en 2021.


Lupin : un facteur sol limitant
Pour compléter sa palette, l’agriculteur cultive aussi du lupin, en contrat avec Terrena. « Je ne peux en cultiver que sur les parcelles sans calcaire actif, c’est-à-dire sur une dizaine d’hectares maximum », souligne-t-il. Le lupin est « une culture intéressante, qui se passe de phytos, et assez résistante aux maladies cryptogamiques et aux insectes ». à noter que le lupin d’hiver est toutefois plus sensible à la mouche du semis que celui de printemps.
Si tous les autres protéagineux sont irrigués, le lupin ne l’est pas sur son exploitation. Le rendement a été de 25 à 30 qx/ha, mais avec des coûts de culture peu élevés, cela reste intéressant.  
S.H

 

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