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Le vignoble, lieu de tourisme
Un séminaire européen consacré à l’œnotourisme a rassemblé, la semaine dernière à Angers plus de 150 personnes, vignerons, responsables d’offices de tourisme, élus locaux, cavistes… Le secteur fourmille d’initiatives.

Dans le Médoc, un quatuor de vigneronnes a monté il y a trois ans un réseau d’accueil touristique. Elles se sont baptisées les Médocaines. Ces propriétaires de grands crus bourgeois voulaient dépoussiérer « l’image collet monté qui colle souvent au vignoble bordelais ». Aujourd’hui, des bus viennent, de Bordeaux, déposer des petits groupes de visiteurs pour des ateliers assemblages, cuisine, ou vendanges. Les quatre amies ont également mis en place un tour de garde, de manière « à ce qu’au moins un domaine soit toujours ouvert au public. C’est un grand investissement personnel, souligne Armelle Falcy, une des quatre Médocaines. Nous n’avons pas d’horaires, nous travaillons le week-end. Nous considérons que ce n’est pas à nous d’imposer les horaires au touriste. Il vient quand il peut venir ! ». Cette disponibilité, elles ne sont pas prêtes à y déroger : « On ne veut pas faire autre chose que du cousu-main ». Mais tous les vignerons peuvent-ils s’investir autant ? L’expérience des Médocaines, qui fera l’objet d’une émission Des racines et des Ailes à la rentrée, est une des nombreuses initiatives partagées lors du séminaire œnotourisme d’Angers, les 9 et 10 juin. Cette rencontre organisée par le Gal (Groupe d’actions locales) du Layon Saumurois visait à animer le réseau des acteurs locaux et de la profession viticole et « leur fournir une sorte de boîte à outils pour mener à bien leurs projets », expliquait Bénédicte Michaud, du Gal Layon Saumurois.
Le contact direct avec le vigneron
Alors que de plus en plus de viticulteurs sont tentés de diversifier leur activité afin de valoriser leurs produits dans un contexte difficile pour la filière, l’oenotourisme nécessite d’être aussi “pro” dans l’accueil que dans les techniques de taille ou la vinification. Lors du séminaire, des échanges très concrets ont porté, entre autres, sur l’organisation du temps et la formation. Comment se rendre disponible pour ce deuxième métier ? Peut-on déléguer l’accueil quand on sait que la première motivation des touristes est de déguster du vin et de rencontrer le vigneron ? Comment résoudre la barrière des langues ? En Anjou, 30 % des visiteurs des caves sont des étrangers, tout comme en Alsace. « Chez nous, des viticulteurs recrutent des étudiants en langues en job d’été », a témoigné Jean-Louis Vezien, directeur du conseil interprofessionel des vins d’Alsace. En Val de Loire, le tourisme viticole est, depuis deux ans, un projet fort de l’interprofession viticole Interloire. Un réseau de 300 caves labellisées a été constitué. « L’idée est d’en faire une activité rémunératrice pour le viticulteur, dans une région où 30 % des achats se font par vente directe. Pour cela, il faut s’organiser pour ouvrir la cave à des horaires réguliers, spécifiés dans le guide. La connaissance de l’anglais est aussi fortement conseillée », a expliqué Anne-Sophie Lerouge, responsable communication d’Interloire. « Notre objectif est de renforcer la visibilité des vins du Val de Loire, en France et à l’étranger ». La clé de la réussite est la mise en réseau des acteurs : le vignoble du Val de Loire s’étend sur cinq départements, deux régions, pour 4 000 vignerons. Toute démarche d’oenotourisme exige la mobilisation des professionnels du tourisme, de la restauration, de l’hôtellerie, mais aussi du patrimoine…
Moteur de développement local
Le Val de Loire compte en effet s’appuyer sur le classement de la Loire au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2000, pour promouvoir le tourisme viticole dans des sites d’exception. Avec six autres sites inscrits en Europe (Italie, Hongrie, Portugal…), le Val de Loire a mis en place un réseau du vignoble du patrimoine mondial, appelé Vitour. Huit circuits de découverte ont été créés. « C’est un travail politique et collectif, qui nécessite une unanimité de toutes les communes concernées, car le classement au patrimoine mondial impose des contraintes importantes », note Jean-Max Manceau, vigneron en Anjou et élu à Interloire. Mais ce tourisme viticole associé au patrimoine peut être un formidable moteur de développement local : « En Italie, sur le site du parc national de Cinque Terre, ce projet Vitour a été une roue de secours pour éviter la dépopulation de la région. Les habitants se sont appropriés la richesse de leur milieu et on trouve aujourd’hui, dans toutes les chambres d’hôtes, un CD qui est diffusé aux visiteurs ».
Soizick Héloury